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ARMMA

ARmorial Monumental du Moyen-Âge

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Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher)

Selon la tradition, l’abbaye de Ligugé aurait été fondée par saint Martin en 361 sur les restes d’une villa romaine en ruine.  Toutefois, les fouilles archéologiques ont permis de retrouver les traces d’un premier sanctuaire daté de la première moitié du VIe siècle, établi en réutilisant et en transformant une structure d’époque gallo-romaine (Bord 2005, p. 76-77), ainsi que les vestiges d’une première reconstruction de l’église, réalisée dans les premières décennies du IXe siècle. D’ailleurs, une inscription funéraire datée de cette époque conserve le souvenir d’un abbé ayant fait bâtir « basilica sancti Martini » (ibid., p. 89-93). Probablement abandonnée vers le milieu du IXe siècle, sous la pression des attaques des Normands et en raison des conditions d’instabilité liées à la crise du royaume carolingien, l’abbaye repris son activité au début du XIe siècle, lorsqu’une nouvelle église fut bâtie par Aumonde, comtesse du Poitou (ivi, p. 102). Toutefois, ce fut seulement entre la fin du XIe siècle et le début du XIIe qu’un plus grande édifice fut construit, manifestement à la suite de l’accroissement de la communauté religieuse et du développement du culte martinien (ibid., p. 105). Le rattachement de l’église de Ligugé à l’abbaye clunisienne de Maillezais, en Vendée, remonte probablement à cette époque. En 1268, Alphonse de Poitiers céda à la même abbaye tous les droits et les hommages qu’il avait sur Ligugé. L’abbé de Maillezais devint alors le véritable seigneur du lieu, exerçant son autorité par le biais d’un prieur, son représentant (ibid., p. 109-111).

La Guerre de Cent Ans causa de nouvelles dévastations dans le monastère et une partie de l’église fut détruite. Les démolitions furent provoquées, vers la fin de l’été 1359, d’abord par les partisans du roi de France qui voulaient empêcher aux Anglais de s’y établir avec une garnison et, après, par les Anglais qui s’installèrent pour une courte période (ibid., p. 116-119). La communauté religieuse réinvestit rapidement les structures en ruine, mais les travaux de reconstruction de l’église et des édifices claustraux furent lancés seulement dans la seconde moitié du XVe siècle. D’après Dom Estiennot, nous savons qu’entre 1475 et 1481 Jean d’Amboise (1433-1498), évêque de Maillezais et frère de Pierre évêque de Poitiers, entreprit la réfection du complexe monastique ; il aurait donc signé par son armoirie les parties bâties redressées à son initiative : «[…] sarta tecta fecit pluraque domus aedificia Ioannes d’Amboise, ante annum MCDXXCIX. Episcopus Malleacensis aut eadem ipso sedente constructa fuere gentile quippe stemma huius antistitis passim ibidem visitur […] » (Paris, BnF, ms. lat. 12755, p. 255 et Dom Fonteneau, t. LXIV, p. 146, cité par Crozet 1942, p. 166, doc. 643). Toutefois, les travaux durèrent longtemps et furent achevés par Geoffroy d’Estissac qui avait été nommé d’abord, en 1504, prieur commanditaire de Ligugé par Louis XII,  puis, en 1518, évêque de Maillezais par François Ier. Notamment, ses attentions se concentrèrent sur la reconstruction de l’église, rebâtie dans un style de transition entre le gothique flamboyant et la première Renaissance. Selon Dom Estiennot il aurait aussi timbré le nouveau édifice par son armoirie (tessera gentilis) : « Basicam restauravit ut tradunt Goffridus d’Estissac Malleacensis presul cuius tessera gentilis ibidem extat » (Paris, BnF, ms. lat. 12755, p. 255 et Dom Fonteneau t. LXIV, p. 146, cité par Crozet 1942, p. 191, doc. 739).

Selon le témoignage des érudits du XIXe siècle,  les clefs de voûtes des trois travées originaires de l’édifice (l’abside actuelle étant adjointe en 1860; Bord 2005, p. 181-182) portaient alors des enseignes sculptées (Cousseau 1839, p. 70 ; Chamard 1873, p. 222), aujourd’hui disparues (armoirie 1, 2, 3). Toutefois, ils ne s’accordent pas sur l’identité du personnage qui y était représenté et qui aurait donc eu le mérite d’avoir achevé la construction de l’édifice.  D’ailleurs cette incertitude s’explique par le fait que les familles des deux prélats portaient des armoiries similaires : d’or à trois pals de gueules les Amboise, d’azur à trois pals d’argent les Estissac (Gourdon de Genouillac 1860, p. 181). Ainsi, dans le cas d’une armoirie sculptée, seule la présence des couleurs aurait permis de les distinguer. Antoine Cousseau, qui écrivait avant les travaux d’aménagement réalisés entre 1855 et 1860, admettait la difficulté à reconnaître le titulaire de l’armoirie reproduite sur les clefs de voûte de l’église, mais finissait par l’identifier avec Jean d’Amboise parce que, de son temps, on pouvait « aisément reconnaître les couleurs qui brillaient sur l’écu de la maison d’Amboise » (Cousseau 1839, p. 70). D’ailleurs, les différents membres de la famille d’Amboise se présentèrent comme des grands bâtisseurs et laissèrent systématiquement leur enseigne sur les œuvres commanditées (Bos, Crépin-Leblond et alii 2007) : en témoignent les armes de Pierre d’Amboise, évêque de Poitiers (1481-1505), représentées sur la tour nord de la façade occidentale de la cathédrale de Poitiers (Hablot 2013, p. 113) et dans le château et l’église de Dissay (voir notices) ou, pour citer un exemple moins connu, celles de Jaques d’Amboise, abbé de Cluny (1485-1510), sculptées sur un bénitier aujourd’hui dans le transept nord de la basilique de Paray-le-Monial.

Ligugé, abbaye Saint-Martin, clocher aux armes de Geoffroy d'Estissac.

Ligugé, abbaye Saint-Martin, clocher aux armes de Geoffroy d’Estissac.

En revanche, François Chamard, qui écrit après la restauration de l’église, suivait l’opinion de Dom Estiennot qui identifiant le constructeur de l’église plutôt (« seu potius ») avec Geoffroy d’Estissac (Paris, BnF, ms. lat. 12755, p. 255). Du reste, concluait F. Chamard, les clefs de voûte de l’église devaient porter les armes de Geoffroy d’Estissac « comme partout ailleurs » (Chamard 1873, p. 222). En effet, les armoiries sculptées sur les deux cotés de la baie occidentale du clocher de l’église (armoiries 4, 5) lui appartiennent sûrement, comme le signalait déjà René Crozet (Crozet 1942, p. 166, note 1). Timbrées d’une crosse abbatiale, elles ressemblent aux armes sculptées dans les gables des lucarnes du doyenné Saint-Hilaire, le somptueux palais Renaissance que Geoffroy se fit bâtir vers 1520 à Poitiers (22, rue de la tranchée; voir notice). Notamment, elles sont très proches dans la forme de l’écu qui, en tous cas, ne conviendrait pas à une chronologie antérieure au début du XVI siècle. En outre, d’autres représentations des armes du prieur d’Estissac sont encore conservées dans d’autres parties du clocher, mois visibles au public dès l’origine et aujourd’hui inaccessibles : sur la clef de voûte d’une salle au premier étage de l’édifice, sur un corbeau et sous la galerie occidentale (Bord 2005, p. 134). De plus, l’activité de bâtisseur de Geoffroy d’Estissac ne se limita pas à ses possessions poitevines. Évêque de Maillezais, il promut d’importants travaux dans sa cathédrale, aujourd’hui en ruine. Les travaux affectèrent notamment le chœur et furent suivis vers 1542 par la construction d’un nouveau jubé, avec des décors dans le style de l’école de Fontainebleau. Les armoiries de l’évêque, timbrées de la crosse et de la mitre, y sont reproduites en relief sur des faux cuirs encadrés par des fruits et appuyés sur des masques grimaçantes (Lévesque 2005, p. 304) (un fragment est conservé au Musée Bernard d’Agesci de Niort). Enfin, dans les memes années, les armes de Geoffroy sont sculptées dans le prieuré de Mouzeuil, dont il avait promu la reconstruction (ibid., p. 304-305).

Cette profusion héraldique ne devait donc laisser aucun doute sur l’identité de l’auteur de la résurrection de l’ancienne abbaye et lui donna une grande visibilité, à l’intérieur du complexe monastique comme à l’extérieur. Geoffroy d’Estissac fut certainement le responsable de la plupart des travaux qu’il signa par ses armes, mais on ne peut pas exclure l’hypothèse qu’à son époque l’église portait déjà les signes de la mémoire de son prédécesseur, Jean d’Amboise.

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher), http://base-armma.edel.univ-poitiers.fr/monument/abbaye-saint-martin-liguge/, consulté le 24/10/2019.

 

Bibliographie sources

Paris, BnF, ms. lat. 12755, Dom Estiennot, Antiquités bénédictines du diocèse de Poitiers.

Bibliographie études

A. Cousseau, « Mémoire sur le plus ancien monastère des Gaules et sur l’état actuel de l’église de Ligugé », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 5, 1839, p 37-75.

H. Gourdon de Genouillac, Recueil d’armoiries des maisons nobles de France, Paris 1860.

F. Chamard, Saint Martin et son monastère de Ligugé, Poitiers 1873.

R. Crozet, Textes et documents relatifs à l’histoire des arts en Poitou (Moyen âge – Début de la Renaissance), Poitiers 1942.

L.-J. Bord, Histoire de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé, Paris 2005.

R. Lévesque, « Saint-Pierre de Maillezais : un chantier d’avant-garde dans les années 1540 », dans L’abbaye de Maillezais. Des moines du marais aux soldats huguenots, sous la dir. de C. Treffort, M. Tranchant, Rennes 2005, p. 297-313.

A. Bos, Th. Crépin-Leblond et alii, L’art des frères d’Amboise. Les chapelles de l’hotel de Cluny et du chateau de Gaillon, Paris 2007.

L. Hablot, « La mise en signe héraldique de la cathédrale », dans La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. Enquêtes croisées, sous la dir. de C. Andrault-Schmitt, Poitiers 2013, p. 112-113.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Abbaye Saint-Martin, Ligugé. Armoirie Geoffroy d’Estissac (armoirie 4)

De (azur) à trois pals de (argent), timbrée d’une crosse abbatiale.

  • Attribution : Estissac, Geoffroy d' ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Clocher ;
  • Emplacement précis : Mur ouest ;
  • Support armorié : Baie ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1500-1525 ; 1525-1550 ;
  • Dans le monument : Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher)

Abbaye Saint-Martin, Ligugé. Armoirie Jean d’Amboise (armoirie 1)

(Palé d’or et de gueules de six pièces).

  • Attribution : Amboise, Jean d' ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : Ière travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : Disparue ;
  • Technique : Relief en pierre peint ;
  • Période : 1475-1500 ;
  • Dans le monument : Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher)

Abbaye Saint-Martin, Ligugé. Armoirie Jean d’Amboise (armorie 2)

(Palé d’or et de gueules de six pièces).

  • Attribution : Amboise, Jean d' ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : IIème travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : Disparue ;
  • Technique : Relief en pierre peint ;
  • Période : 1475-1500 ;
  • Dans le monument : Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher)

Abbaye Saint-Martin, Ligugé. Armoirie Jean d’Amboise (armoirie 3)

(Palé d’or et de gueules de six pièces).

  • Attribution : Amboise, Jean d' ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : IIIème travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : Disparue ;
  • Technique : Relief en pierre peint ;
  • Période : 1475-1500 ;
  • Dans le monument : Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher)

Abbaye Saint-Martin, Ligugé. Armoirie Geoffroy d’Estissac (armoirie 4)

De (azur) à trois pals de (argent), timbrée d’une crosse abbatiale.

  • Attribution : Estissac, Geoffroy d' ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Clocher ;
  • Emplacement précis : Mur ouest ;
  • Support armorié : Baie ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1500-1525 ; 1525-1550 ;
  • Dans le monument : Ligugé, abbaye Saint-Martin (église abbatiale et clocher)

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